10 février 2026

Super veilleur en défense : Nicolas Duguay

Chez Phar, nous avons une perspective unique de la veille stratégique qui allie recherche d’information avec analyse stratégique par l’entremise de nos super veilleurs.

Voici Nicolas Duguay, Super veilleur en défense.  Nous lui avons posé quelques questions pour vous le présenter, voici ses réponses!

 

Peux-tu décrire brièvement ton parcours professionnel?

J’évolue depuis de nombreuses années à l’interface entre cybersécurité, défense, politiques publiques et développement de marchés internationaux. Mon parcours s’est d’abord construit dans le journalisme, notamment à Radio-Canada, où j’ai exercé pendant plus de dix ans. Cette expérience m’a permis de développer une compréhension fine des enjeux géopolitiques, institutionnels et sociétaux, ainsi qu’une rigueur analytique fondée sur la vérification des faits, la lecture critique des sources et la mise en contexte des événements complexes.

Parallèlement, j’ai acquis une expérience concrète dans le domaine du renseignement privé et de l’analyse stratégique à l’international, en appui à des gouvernements étrangers confrontées à des environnements sécuritaires complexes ou fortement politisés. J’ai ensuite dirigé le cluster canadien de la cybersécurité (In-Sec-M) et structuré des initiatives d’écosystème à l’échelle nationale et internationale, en travaillant étroitement avec des gouvernements, des entreprises technologiques et des partenaires institutionnels et académiques.

Aujourd’hui, à travers 7 Islands Defense & Intel, j’accompagne des entreprises et des organisations – principalement dans les domaines cyber, défense et technologies duales – dans leur compréhension des dynamiques géopolitiques, institutionnelles et de marché, ainsi que dans leurs stratégies d’accès à des environnements complexes comme le Canada, l’Europe ou certains marchés alliés internationaux.

 

Sur quels principaux enjeux travailles-tu en ce moment avec tes clients? Comment la veille stratégique peut appuyer ton travail selon toi?

Mes mandats portent principalement sur trois enjeux.

D’abord, l’entrée et le positionnement sur des marchés défense et sécurité fortement régulés, où les décisions sont lentes, fragmentées et profondément politiques.

Ensuite, l’alignement entre des technologies – souvent très avancées – et les réalités institutionnelles, réglementaires et culturelles des pays cibles.

Enfin, la lecture des risques géopolitiques et réputationnels associés aux technologies sensibles, notamment dans un contexte de fragmentation des alliances et de durcissement des cadres de souveraineté.

Un exemple concret de ce travail concerne les startups ukrainiennes que j’ai rencontrées sur le terrain et que j’accompagne aujourd’hui dans leur développement à l’international. Ces entreprises ont conçu des solutions sous des contraintes opérationnelles extrêmes, en interaction constante avec les forces armées et les services de sécurité. Leur expérience illustre de manière très claire à quel point l’innovation ne peut être pensée en silo : elle est indissociable de son environnement d’emploi, des usages réels et des exigences institutionnelles. Ce retour du terrain est particulièrement éclairant lorsqu’il s’agit d’adapter ces technologies à des marchés alliés, où les contraintes sont différentes mais tout aussi structurantes.

La veille stratégique est essentielle à ce travail, non pas comme un outil de surinformation, mais comme un instrument de hiérarchisation et de contextualisation. Elle permet de distinguer le bruit du signal, d’anticiper les inflexions politiques ou réglementaires, et d’éclairer les décisions avant qu’elles ne deviennent évidentes pour tout le monde – moment où il est souvent trop tard.

 

Sur une note plus personnelle, quels sont les signaux faibles qui retiennent ton attention présentement et pourquoi?

Je suis particulièrement attentif à trois signaux faibles.

D’abord, la normalisation progressive du discours sur la résilience, la sécurité et la défense dans des pays qui, il y a encore quelques années, les abordaient avec réticence – signe d’un basculement durable des priorités publiques.

Ensuite, le glissement de nombreuses technologies civiles vers des usages implicitement sécuritaires ou militaires, souvent sans que les entreprises en mesurent pleinement les implications stratégiques ou éthiques.

Enfin, la polarisation croissante des débats publics, entre moralisme technologique et réflexes sécuritaires, qui tend à appauvrir l’analyse et à compliquer la prise de décision rationnelle – alors même que les enjeux exigeraient davantage de nuance et de lucidité.